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Thylacine

Qu’importe si le thylacine, sorte de mammifère au pelage tigré, vit encore ou non en Tasmanie, c’est en Argentine que le jeune premier de la scène électro française a décidé d’enregistrer son deuxième album. Pour donner suite à « Transsiberrian », son premier et brillant essai enregistré en 2015 à bord du train qui relie Moscou à Vladivostock, William Rezé alias Thylacine s’est offert une caravane datée de 1972, la fameuse Airstream tout en aluminium. Une fois magnifiquement transformé par ses soins en studio d’enregistrement, il a embarqué sa belle américaine sur un cargo pour la récupérer un mois plus tard à Buenos Aires. Direction la Cordillère des Andes. 

Malgré des études à l’école des Beaux-Arts d’Angers, ce ne sont pas les installations lumineuses et ondulées de Julio le Parc, l’un des pionniers de l’art cinétique, qui ont donné envie à Thylacine de s’évader en Amérique du Sud, mais bien l’attrait de l’inconnu, l’absence absolue de repère. S’immerger dans des paysages désertiques et lunaires, au milieu de canyons multicolores, de dunes de sable, de forêts de cactus géants, de sommets enneigés… pour composer en solitaire dans l’intimité de son studio nomade. 

Après dix étapes au coeur de nulle part, il revient avec dix titres qui conjuguent à merveille les mélodies aériennes de Moderat, la touche solaire d’un Nicola Cruz, et la puissance techno d’un Paul Kalkbrenner. Une électronica parfois gorgée de saxophone, son instrument de prédilection appris dès l’âge de six ans au conservatoire, à laquelle s’ajoutent de nombreuses voix, comme celles de Julia Minkin (de Kid Francescoli), de Clara Trucco, membre du trio Fémina ou de Juana Molina « considérée comme la Björk argentine », précise Thylacine. « J’ai eu envie de retourner à une musique aux sonorités plus acoustiques ». Mission accomplie : les nappes vaporeuses du jeune Angevin se teintent de charengo, instrument local, ou de mélodies inspirées de chants traditionnels. Et les morceaux s’enchaînent, racontant son extraordinaire odyssée : l’hypnotisant The Road témoigne des kilomètres de lignes droites parcourus, la ritournelle entêtante de Santa Barbara évoque les liens étroits tissés avec les habitants d’un minuscule village des Andes, tandis que la rythmique de 4500 m, entrecoupée du flow du rappeur américain J. Medeiros, rappelle l’altitude du désert où Thylacine resta dormir, bloqué par des orages d’une rare intensité. 

Trois mois plus tard et dix mille kilomètres plus loin, ce « concept-album » est prêt ; il s’appelle « Roads vol. 1 ». Premier épisode d’une collection que Thylacine, du haut de ses vingt-six ans, compte bien enrichir au gré de ses voyages. Son studio itinérant astucieusement équipé de panneaux solaires l’emmènera on l’espère, très loin.




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