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Black Box
par Nicolas Repac

C’est dans un esprit très voisin de Swing-Swing, son précédent album pour No Format!, que Nicolas Repac récidive aujourd’hui avec « Black Box », magnifique voyage musical consacré cette fois au blues dans tous ses états. Plongeant résolument aux sources de cette musique matricielle entre toutes, Repac redécouvre la pluralité des mondes embarqués dans la même expérience traumatique de la déportation, et révèle tous ces territoires idiomatiques contaminés en retour par la magie noire de cet art à la fois archaïque et révolutionnaire, de ses douze mesures claudicantes et de sa gamme pentatonique universelle.

« Black Box », à travers un éventail de voix profondément émouvantes, enregistrées spécifiquement pour l’occasion ou issues de documents sonores samplés, s’apparente en effet à une sorte d’inventaire saisissant de cette plainte joyeusement désabusée, qui partout dans le monde ne cesse de chanter la nostalgie du paradis perdu.

Des Works Songs des prisonniers noirs captés par Alan Lomax dans les années 30 à la mélopée intemporelle d’un chaman amérindien en passant par le proto-rap joyeux de Bo Diddley, la détresse lancinante d’une chanteuse tzigane de Serbie, la gouaille créole des conteurs d’Haïti, la douce complainte de Cheikh Lo, ou encore la saudade métissée du grand chanteur angolais Bonga, c’est la planète entière qui à travers les machines de Repac décline la multiplicité de ses visions du blues.

Nicolas Repac « met en scène » avec maestria chacune des voix qu’il accueille dans son projet, travaillant avec un vrai sens cinématique à constituer autour du chant brut et épuré une sorte d’environnement sonore mouvant, zébré d’interventions de guitare électrique et pulsés de grooves entêtants. Mais rien de formaliste ni de systématique dans ce processus.
Qu’il épouse avec sensualité les lignes et les inflexions de la mélodie ou au contraire joue la carte de la confrontation et du détournement pour mieux en révéler le discours subliminal, Repac, tout au long de ce disque, n’a qu’une idée en tête : laisser jaillir l’émotion brute présente au cœur des matériaux empruntés. Avec lui les machines ont décidément une âme !

CD ou Vinyle 12"
2012

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